Accueil » sur Plougonvelin » Erinnerungen

Erinnerungen


2014 - Année de commémoration de guerres : début de la Première, fin de la Deuxième. Si l’on ajoute 1870, cela fait trois conflits majeurs avec l’Allemagne en 75 ans. Et des horreurs innommables ! C’est l’Histoire côté obscur. L’ombre.

Mais il y a aussi 50 années de réconciliations surprenantes, intelligentes, magnifiques. Et chacun connaît une belle histoire qui a germé là où seul le ressentiment devait régner : Adolf Wiesenthal chez Petton à Poulherbet, par exemple. Serait-il alors possible que la guerre, en tout ce qu’elle charrie, puisse être grâce pour certains ? Non, insoutenable ! Croyons plutôt qu’au plus noir des épreuves, les chemins d’humanité gardent leur prodigieuse fécondité. C’est la lumière (amazing grace) !

Ombre et lumière. Deux destins, deux garçons, nés à dix huit mois d’intervalle dans le même village d’Allemagne : Gransee, dans le Brandebourg, 60 km au nord de Berlin. Ils vont vivre cette période de conflit très différemment. L’un pour son bonheur, l’autre pour le malheur.

« L’autre » se nomme Heinz Barth, c’est l’aîné, le voisin devenu officier SS. Après la guerre il reviendra au pays, entre-temps devenu RDA communiste.

Heinz Barth

En 1983 il sera jugé comme « l’assassin d’Oradour-sur-Glane ». Libéré en 1997, il mourra chez lui dix ans plus tard le 6 août 2007. En l’enterrant, le pasteur de Gransee, Dieter Schmiedkte, tonnait : « Tout le monde a droit à un enterrement ! » Sans doute, sans doute, mais là-bas tout le monde n’était pas de cet avis.

Le président allemand Joachim Gauck, le premier à venir officiellement à Oradour en septembre 2013, a affirmé depuis les ruines :
« Nous n’oublierons jamais Oradour ».
C’est en effet le pire massacre nazi commis en France : le 10 juin 1944, 642 civils sont massacrés, dont 254 femmes et 207 enfants brûlés dans l’église. Mais à l’Est, 1500 villages auraient subi un sort identique. Le tribunal de Dortmund décidera en mars 2014 de la tenue ou pas du procès de six octogénaires présents à Oradour et enfin retrouvés. C’est la dignité des allemands d’aujourd’hui de regarder cette barbarie en face, mais reconnaissons qu’elle ne leur est pas spécifique. Les américains de My Lai ou les français des Lucs pourraient tout autant se reconnaître dans cette banalité du mal absolu.

Le « premier » personnage est de loin celui qui nous intéresse le plus. D’abord, parce qu’il était en garnison à Plougonvelin et qu’il y a pris des photos inédites. Devenu prisonnier de guerre en Angleterre, il s’est marié et a fini ses jours là-bas prisonnier des bras d’une jolie anglaise. Il s’appelle Willy Hermann Fehlberg et il a 17 ans lorsque la guerre se déclare. Il commence par suivre les cours de l’école d’artillerie de marine près de Kiel, puis rejoint Brest pour le 262ème MAA. (Marine-Artillerie-Abteilungen section d’artillerie de marine). On le verra tantôt aux Rospects, tantôt à Toulbroc’h.

Willy Hermann Fehlberg

*Erinnerungen (en allemand) = Mémoires ou souvenirs , (en français).

Achtung » mais pour la photo ! Au Prédic, au fond les pignons de Kerveur — La croix désigne Willy.

La batterie des Rospects protégeait l’entrée de Brest. Le principe restant d’actualité, les allemands la réutilisent dès 1940 et vont la rebaptisée « Von Holtzendorf ». En 1943 elle sera renforcée de casemates et dotée de quatre canons de 150 mm. Elle était en lien étroit avec l’énorme batterie « Graf Spee », un kilomètre plus à l’intérieur. C’était la plus grande du Finistère : quatre étages semi-enterrés pour le poste de tir, et quatre canons de marine de 280 mm. Là en revanche une seule des casemates de protection était terminée lors de l’arrivée des américains.

Le chef du détachement, le CC Lemcke, tenait son PC dans le fort du Minou. Il n’a pas laissé un mauvais souvenir, et semblait correct avec tout le monde. Parfois il partait seul à la chasse avec ses chiens, et l’on rapporte qu’il s’entendait avec les gens des fermes. A l’été 44 lorsque les parachutistes de Ramcke arrivèrent, tout cela devint très différent.

Puisque Willy nous a prêté son appareil photo, on pourrait maintenant en retour et sans forcer le trait lui prêter notre plume. Il raconte son quotidien : « Le dimanche aux Rospects quand nous n’étions pas de service, nous descendions dans les criques pour se détendre, chanter ou bronzer. Pour nous enfants de la plaine, ce bord de mer a été une découverte. On occupait le baraquement construit par les français situé derrière la butte de terre. Il y faisait froid l’hiver mais sûrement moins qu’en Russie. Beaucoup de nos camarades plus anciens étaient des pères de famille, et les bombardements sur Allemagne les inquiétaient. Dans le vallon derrière la batterie, il y avait un ...bistrot, mais chut, verboten ! »

Br. Vaze