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Pont-Croix et ses environs


Sortie historique du 8 août 2004

Compte-rendu par J-M Louarn et M-C Cloître

A 10 heures, sur la place de la République à Pont-Croix, les voitures des participants arrivent l’une après l’autre. On se reconnaît, on se salue amicalement. Jeanne-Marie Louarn remet à chacun un dépliant qui présente les objectifs de la journée et ajoute des explications ( merci à Jean-Guillaume pour son travail informatique).

Le nom de Ponte-Kroes, dont les premières mentions remontent au XIIIè siècle vient du pont jeté à l’emplacement du gué primitif sur le Goyen, à la croisée des voies qui sillonnaient le Cap Sizun d’est en ouest : une voie romaine allait de Vorgium(Carhaix) à la pointe du Van Une autre allait du nord au sud, de Beuzec-Cap-Sizun vers la Bigoudenie. Sur une butte artificielle, érigée sur la rive droite du Goyen, se dressait un château-fort, résidence des seigneurs de Pont-Croix, destiné à protéger le passage du Goyen et dont la chapelle était Notre-Dame de Roscudon. Le châreau disparut au XIV e siècle. Mais auparavant autour de lui s’étaient regroupés maisons, commerces et marchés.
Notre Dame de Roscudon p 3 édition Uhel Izel

Le groupe se rend à l’Office du Tourisme où nous accueille une charmante hôtesse qui sera notre guide pour la visite de la ville de Pont-Croix.

Nous nous trouvons dans le domaine de l’ancien Petit Séminaire (1822-1973), établi dans ce qui fut jadis le couvent des Ursulines. De nombreux jeunes Léonards et Cornouaillais ont commencé dans ce Petit Séminaire un chemin vers la prêtrise.
Avant d’entreprendre le tour de ville nous nous rendons dans l’ancien cimetière, près du monument aux morts dû au sculpteur René Quillivic. C’est à cet artiste (1879-1969), originaire de la commune de Plouhinec, sur la rive gauche du Goyen, que nous devons le monument aux péris en mer de la Pointe Saint-Mathieu. L’artiste a représenté ici une femme, Marianna du Leuren, en costume de Pont-Croix, dont la coiffe s’appelle « la Pomponne ».

La visite de la ville

Par la rue des Courtils, qui, comme la rue de Rosmadec, semble cerner l’emplacement de ce qui fut le château de Pont-Croix, nous parvenons à la petite rue Chère. C’est une ruelle étroite, coupée d’escaliers, munie d’une rampe et qui dévale la pente raide vers la rivière le Goyen.

La petite rue Chère

Dans la vallée, le plan d’eau, partiellement envahi de joncs ou de roseaux, occupe ce qui fut le port de Pont-Croix. Des bateaux de provenance parfois lointaine, Espagne, Angleterre, parvenaient jusqu’à ce port. En plus des produits locaux, diverses marchandises alimentaient les foires de la ville. Un moulin-mer et une chaussée barrent le cours de la rivière et permettent d’accéder au quartier de Keridreuff, sur l’autre rive. Au retour nous empruntons la grande rue Chère, aux maisons de caractère. La rue pavée et pentue entrecoupée de marches conduit au sommet de la colline près de la place de la République où se trouvaient jadis les halles, détruites en 1940.

La grande rue Chère

Un détour par la rue de la Prison nous conduit à la maison prébendale, siège de la juridiction, auditoire de justice où l’on peut voir un ancien cachot. Tout à côté se trouve « le Marquisat », ancienne demeure des seigneurs de Rosmadec devenue Maison d’Interprétation du Patrimoine Nous quittons la rue de la Prison et, après avoir remercié notre guide, nous rendons à la collégiale Notre Dame de Roscudon.

La visite de la collégiale Notre Dame de Roscudon

Monsieur Tanter, responsable de la SPREV du Finistère, grand spécialiste de la collégiale nous y attend. Nous commençons la visite par l’observation de l’extérieur et particulièrement du porche très ornementé, de style gothique rayonnant (XIV e siècle). A noter que la profondeur du porche a été réduite, sans doute pour faciliter l’accès à la place de l’église.

L’édifice, à l’allure de cathédrale, présente deux autres porches, l’un à l’ouest, l’autre au sud. Surtout il est surmonté d’une tour dont la base romane porte une flèche gothique du XVe siècle. C’est une des flèches les plus hautes (67m) et les plus élégantes de Bretagne. Elle a été construite selon les plans prévus pour la cathédrale de Quimper. Par la suite les plans furent perdus et la flèche de Pont-Croix servit de modèle à l’architecte Bigot lors de la construction des flèches de la cathédrale de Quimper en 1854-56.

L’intérieur

Nous pénétrons à l’intérieur et suivons les explications de M Tanter. Pas à pas, il nous présente l’architecture et les nombreuses œuvres d’art qui ornent l’édifice. Nous découvrons une nef, principalement romane, même si les piliers renforcés du transept viennent interrompre la série des colonnes romanes du XIIIe siècle. Ce sont des colonnes faites de 4, 6 ou 8 colonnettes surmontées de chapiteaux généralement cubiques, à l’ornementation variée mais sobre.( on note une certaine parenté avec le chapiteau roman trouvé à l’emplacement du cloître de Saint-Mathieu et conservé au musée).

Cette belle série romane de la nef se prolonge, au-delà du transept, dans le chœur des chapelains jusqu’à l’emplacement du chevet primitif de la collégiale. Au-delà, le premier agrandissement, de la fin du XIII e siècle, présente des arcades gothiques entourant le maître autel. Le chevet du XVI e siècle dessine un déambulatoire polygonal autour du sanctuaire.

Parmi les nombreuses statues ou œuvres d’art signalons au-dessus du maître-autel une superbe assomption, accompagnée d’anges adorateurs, en bois doré du XVII e siècle. Adossé au mur du chevet, se trouve la Cène, remarquable ensemble sculpté, également en bois doré de la même époque. Cette œuvre s’inspire d’un tableau d’un artiste flamand : Peter Coecke. Dans la chapelle du rosaire, on peut admirer le retable de Sainte Anne (1673), et dans la chapelle des trépassés une très belle piéta de 1688.Des vitraux remarquables, dont un du XVI e siècle et d’autres d’époque contemporaine éclairent l’église, par ailleurs assez sombre. Nous remercions chaleureusement M. Tanter pour sa présentation très documentée.

Le pique-nique

Les averses intermittentes nous amènent à choisir pour le pique-nique la solution de repli : la salle communale d’Esquibien . Nous apprécions l’espace agréable mis à notre disposition.

Saint Tugen

Nous reprenons le parcours prévu et nous dirigeons vers Saint Tugen, belle chapelle et tour majestueuse édifiées entre Esquibien et Primelin.
Le Commandant Moullec nous accueille et, avec beaucoup de verve et d’humour, retrace à notre intention l’histoire du saint et de la chapelle. D’abord ermite en ce lieu, Tugen aurait été appelé par Saint Jaoua pour le remplacer à Braspart puis comme abbé de Daoulas.

Le culte de Saint Tugen, invoqué pour guérir de la rage, est très ancien Il est attesté en 1118 puis en 1418. L’église actuelle est construite de 1535 à 1582, à l’initiative des seigneurs de Lézurec. Devant l’affluence des pèlerins elle est agrandie à plusieurs reprises entre 1610 et 1750. La dernière restauration commence en 1983. Une association joue un rôle très actif dans cette rénovation de la chapelle.

Les deux porches ouest et sud sont d’un gothique élégant. Sur un des contreforts ouest on peut voir une statue de Saint Mathieu.
L’intérieur de la chapelle conserve une grande variété d’œuvres d’art : le retable de Notre Dame des Grâces et de Notre Dame des Douleurs, l’autel du rosaire, le maître-autel avec son tabernacle surmonté d’un baldaquin. Il est encadré par deux anges adorateurs, une statue de Saint Michel Archange et un majestueux Saint Tugen en abbé mitré et portant la crosse.
La chapelle s’est dotée d’un mobilier du XVII e siècle : un étonnant baptistère à claire-voie, orné de scènes d’époque et un catafalque, toujours utilisé, encadré des statues d’Adam et d’Eve. Dans le « trésor » : un reliquaire contenant une relique de Saint Tugen et un calice de vermeil du XVI e siècle, un des plus beaux de Bretagne. Ces objets précieux ont échappé aux destructions de l’époque révolutionnaire qui les destinaient à la fonte.

Reprenant notre parcours nous nous dirigeons vers la Pointe du Van. Entre Plogoff et cette pointe, la route sinueuse plonge dans une profonde dépression qui aboutit à la Baie des Trépassés. Vers l’Est elle se poursuit en direction de Quimper.

« Cette dépression morphologique, outre les rejeux tardifs le long de failles anciennes, résulte pour l’essentiel de l’érosion différentielle du fossé stéphanien ( un étage du Carbonifère, ère Primaire) par rapport aux deux môles granitiques qui le bordent au nord et au sud. Le stéphanien a fait l’objet de recherches charbonnières au XVIII e et au XIX e siècles, avec forage de puits de mines à l’intérieur du Cap Sizun ».

Guides géologiques régionaux, Bretagne, S Durand, éd Masson, p 184

Le ruisseau qui coule dans la vallée est à l’origine du nom de la baie. Le nom Boe an aon (baie du ruisseau) a été déformé en Boe an anaon (baie des trépassés). Vers le sud-ouest se profile la pointe du Raz et, à l’ouest, nous apercevons l’île de Sein.

Saint They

Remontant vers la côte nord du Cap Sizun nous laissons nos voitures sur le parking de la Pointe du Van et nous descendons vers la chapelle Saint They qui, avec ses longs toits, est comme tapie au bord de la falaise, un peu au sud de la pointe. La falaise est sérieusement érodée, des barrières tiennent les visiteurs à distance.

Deux fontaines encadrent la chapelle : la fontaine Saint They et son petit enclos et la fontaine Saint Mathieu. Y avait-il des relations particulières entres cette région de Cléden-Cap-Sizun et la pointe Saint Mathieu, que, par temps clair, on distingue au-delà de la mer d’Iroise ?

La chapelle Saint They et la fontaine Saint Mathieu

Saint They demeure inconnu. Fut-il disciple de Saint Clair, évêque de Nantes ou de Saint Gwénolé ? Son culte est attesté dans le Cornwall sous le vocable de Saint Day. Il est aussi honoré à Lothey, Quimperlé, Plouhinec, Poullan- sur- mer . Son pardon, le premier dimanche de juillet attire des pèlerins de tout le Cap Sizun.

L’édifice actuel, du XVII e siècle remplace une chapelle délabrée ; elle-même ayant pris le relais d’un vieil oratoire menacé par les glissements de terrain.

Une coquille au-dessus d’une niche et un Saint Jacques de Compostelle sur le calvaire rappellent des trajets, maritimes sans doute, vers l’Espagne.

L’intérieur de la chapelle conserve une belle statuaire, même si la pièce maîtresse, un beau Christ d’albâtre, a disparu. Les murs du chevet sont ornés d’un lambris baroque sur lequel six statues ont pris place, en particulier un Saint They, en abbé mitré et portant la crosse. Dans le chœur, le tabernacle est surmonté d’un élégant baldaquin à volutes reposant sur quatre colonnes corinthiennes.

Nous rendons visite aux deux fontaines Saint They et Saint Mathieu. Cette dernière semble marquer l’extrémité d’un itinéraire jalonné de lieux consacrés à Saint Mathieu à travers la Vannetais et la Cornouaille. Il existe de même un itinéraire nord aboutissant à la Pointe Saint-Mathieu.

(Il est intéressant de mentionner qu’en 1946, Monseigneur Roncalli, nonce apostolique en France, futur Jean XXIII, s’est recueilli près de la chapelle Saint They).

Castel Meur

Dernière étape de la journée : le site de Castel Meur. « Promontoire barré de l’âge du fer, haut d’environ 60 mètres, il est défendu par un triple système de fossés et de remparts. A l’intérieur on peut voir les traces de nombreux fonds de cabanes. Les fouilles menées par P du Chatelier en 1889 ont mis au jour une abondante céramique, des armes de fer, un soc de charrue en fer, des perles de verre bleu, un fragment de bracelet en or, des molettes et des balles de fronde. Une partie de ce mobilier date vraisemblablement du Moyen-Age ». P Galliou, Carte archéologique de la Gaule Le Finistère p 140

Après le pot d’amitié, plusieurs participants tiennent se rendre à l’extrémité du promontoire aux falaises escarpées, qui s’avance à 200 mètres en mer. Ce lieu, difficilement accessible, servit de refuge à de lointains ancêtres, il y plus de 2000 ans.