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La Presqu’île de Crozon


LA MAISON des MINERAUX

Elle est longue la Presqu’île ! Les kilomètres et les minutes s’additionnent Lorsque le groupe est au complet et M. Cyrille commence la présentation du musée. Le bâtiment conserve extérieurement quelque chose de son ancien usage : une école accueillant les garçons du quartier de Saint Hernot. Intérieurement le musée est tout à fait dépaysant : tout est noir. Seules son éclairées de grandes et superbes photographies de falaises diverses et de plages ainsi que des vitrines de fossiles et minéraux. Passant d’une salle à l’autre, nous bénéficions d’un excellent cours de géologie vivant et illustré, avec une pointe d’humour bien agréable. Les minéraux exposés proviennent de la Bretagne pour une part ou de régions plus lointaines pour certaines salles. Le musée a hérité de l’importante collection du Frère Le Bail de Quimper. La visite commence par l’observation de falaises présentant des couches superposées, inclinées de différentes façons. Il faut s’imaginer dans un premier temps un fond marin sur lequel se déposent horizontalement il y a 480 millions d’années des sables ou de la vase. Peu à peu la pression transforme les sables en grès , le fameux grès armoricain qui arme les pointes rocheuses de la Presqu’île, et les vases en schistes que l’on retrouve au fond des anses .

Une carte géologique montre la grande complexité des affleurements rocheux avec des décalages dus à des décrochements Après la longue période de formation des couches sédimentaires, les roches ont été plissées et aujourd’hui on peut vérifier cette déformation en coupe dans les falaises. Selon la partie exposée du pli on a des vues diverses : longs plans inclinés, falaises sub-verticales, courbures caractéristiques comme à la « Mort anglaises »de Camaret (330 millions d’années). Les affleurements rocheux conservent les traces des anciens habitants lorsque la Presqu’île était un fond marin occupé par une faune variée qui a laissé de multiples fossiles. Le plus connu, la « mascotte » du musée est le trilobite, bien mis en valeur dans une vitrine. On a aussi du volcanisme dans la Presqu’île, dans le secteur de L’Aber. On y a trouvé des pierres ponce et du basalte. Des croquis colorés montrent les différents types de volcanisme qui se sont produits. Tous les affleurements rocheux ont été la proie d’une érosion multiforme. Celle des vagues qui peuvent exercer une pression de 30 tonnes par m2, l’érosion éolienne, celle de la pluie qui façonne les parties hautes des versants. Ces actions conjuguées donnent souvent aux roches un aspect ruiniforme. Quelques minéraux sont mis en valeur par des schémas et des échantillons. Citons la staurotide de la région de Coray-Coadry avec ses macles soit rectilignes soit formant des croix., le plomb argentifère, l’antimoine, le tungstène, le molybdène , l’amiante, la barytine etc... chacun présentant des cristaux particuliers. Une salle est consacrée au quartz formant de superbes cristaux .La transformation de la silice en verre fait l’objet d’une présentation spéciale. La silice fond à 1730 degrés C . Pour abaisser son point de fusion on lui ajoute de la soude, de la potasse ou divers minerais. La couleur des beaux objets de verre présentés provient d’éléments chimiques de minéraux. Une autre salle nous réserve une présentation surprenante : des grappes d’échantillons de roches sont disposées sur un grand mur..Sous un éclairage ultraviolet chaque groupe de roches émet une lumière particulière selon sa composition. On a ainsi des roches orange et vert, ou bleu ou mauve. L’ensemble est saisissant. Une dernière salle montre de magnifiques photos de paysages de la région. Le granite peut se présenter sous plusieurs aspects différents : roches déchiquetées de certaines falaises, chaos de boules d’Huelgoat, La désagrégation du granit donne les graviers et les sables de nos plages. Les crêtes de schiste du Roc’h Trévézel trouent la lande des Monts d’Arrée. C’est l’altération en boule, le long des diaclases du granite qui aboutit, après dégagement de l’arène, à la formation des impressionnants chaos d’Huelgoat..

LANDEVENNEC

Après le pique-nique, pris dans la salle d’accueil de l’abbaye, le groupe s’est rendu près des ruines. M. Moreau, responsable du musée a guidé notre visite, par étapes, et très intéressante. Tout d’abord il a rappelé la vie de Saint Gwénolé, la première installation des moines à Tibidy puis leur venue au pied de la colline de ce qui allait devenir Landévennec. Après l’évocation de quelques épisodes, dont la guérison de Clervie, sœur du saint, nous sommes entrés dans l’allée du musée de l’abbaye. Près de la porte sont présentées plusieurs statues de Saint Gwénolé, portant selon les époques, un habit de moine ou des vêtements sacerdotaux

Le musée

Notre guide a fait le choix d’observer plusieurs aspects caractéristiques de l’histoire et de l’architecture. Tout d’abord une maquette du site ancien, inspiré de vestiges irlandais, qui évoque un monastère celtique primitif à proximité d’un ruisseau : quelques huttes, une chapelle, une cuisine. C’est ainsi que l’on peut se représenter le premier établissement monastique en ce lieu.

M. Moreau a bien décrit la période carolingienne (9e siècle) en attirant notre attention sur le grand sarcophage de chêne mis en valeur au centre du musée. Ce coffre a été découvert lors de fouilles dans une chapelle de l’église carolingienne. Il a subi divers traitements qui ont permis la conservation du bois. Gorgé d’eau lors de sa trouvaille, il est maintenant imprégné de résine synthétique et lyophilisé, ce qui assure sa conservation. Il s’agissait de la tombe d’un personnage important de la région, sans doute bienfaiteur de l’abbaye.

A l’époque, 9e siècle l’abbaye disposait d’un scriptorium. Au dessus du sarcophage sont présentées plusieurs figures provenant d’un évangéliaire conservé aujourd’hui à New-York : le Christ en gloire, les quatre évangélistes avec l’attribut symbolique de chacun. Cet ensemble est tiré de l’Apocalypse de St Jean ( 4-7) : le lion est attribué à St Marc, le taureau à St Luc, un visage d’homme à St Matthieu, un aigle à St Jean. Toutefois une particularité ici : la figure attribuée à St Marc est un cheval (rapprochement Marc-marc’h , cheval en breton). Un moine est présenté travaillant dans un scriptorium. A l’accueil, les visiteurs peuvent s’exercer à l’écriture à la plume d’oie, mais au 9e siècle on écrivait sur du parchemin. Deux maquettes restituent l’aspect que devait avoir l’abbaye carolingienne avec son église et ses bâtiments couverts de tuiles rouges.. Un pavement exposé derrière les maquettes provient de l’église. Il a été réalisé au Xe siècle avec des restes d’époque gallo-romaine trouvés non loin du site abbatial. Un évènement est venu bouleverser la vie monastique : le raid des Vikings en 913 Cet évènement est mentionné en marge du calendrier conservé à la Bibliothèque royale de Copenhague Les moines, emportant les précieuses reliques se réfugièrent à Montreuil - sur-mer Au-dessus du pavement , sur une plateforme sont présentés de beaux chapiteaux provenant de l’abbaye romane, construite après le retour des moines. Ils revinrent vers 950 lorsque la Bretagne fut délivrée de la domination des Vikings. Les reliques de St Gwénolé restèrent à Montreuil-sur-mer. Elles furent détruites à la Révolution. Il reste seulement quelques reliquaires contenant des fragments du corps du saint. De nombreuses chartes attestant les propriétés de l’abbaye furent recopiées au 11e siècle. Elles composent le Cartulaire conservé à la Bibliothèque Municipale de Quimper. De la période gothique il reste quelques documents, des vestiges d’un cloître du XVe siècle et le gisant de Jehan du Vieux Chastel, dernier abbé régulier. Après lui viendront les abbés commendataires nommés par le roi .Choix plus ou moins heureux. : Après une période de troubles l’abbaye est affiliée à la Congrégation de Saint Maur qui instaure un renouveau religieux et réalise des travaux importants. Une maquette montre l’aspect de l’abbaye à cette époque, XVIIe siècle, avec une distribution un peu différente des bâtiments conventuels, le chapitre, la salle des hôtes et le réfectoire se trouvant à l’est. Le jardin s’étendait entre cet édifice et la rivière. Des plans de Dom Robert Plouvier et une vue du Monasticon Gallicanum ont permis cette reconstitution.

Visite des ruines

Le groupe quitte le musée et, suivant le guide, se dirige vers les ruines de l’église. M. Moreau nous fait observer les vestiges romans, les transformations dues à M de Chalus devenu propriétaire de l’ensemble de l’abbaye en 1875. Il fait de l’église un jardin exotique. En 2007 les responsables du musée ont voulu reconstituer cette étape de l’histoire des lieux en mettant en place dans l’église des végétaux méditerranéens et tropicaux. Cheminant dans les ruines nous découvrons les étapes d’une architecture qui s’est développée du IXe au XVIIe siècle. Les fouilles archéologique ont contribué largement à la compréhension des lieux. Il est particulièrement émouvant de découvrir, sous plusieurs structures dans le chœur, le tombeau de Saint Gwénolé. Les explications de M Moreau sont bien utiles pour comprendre l’utilisation des différentes pièces du couvent, à plusieurs époques, y compris aussi les vestiges d’une tour de la muraille d’époque romane. En quittant les ruines nous apercevons des chercheurs en plein travail , Mme Bardel et M. Pernennec L’exposition secondaire

Cette exposition présente l’évolution de l’abbaye entre la Révolution et l’époque romantique.. L’abbaye est vendue au plus offrant le 15 avril 1792 En 1875 le comte de Chalus entreprend la mise en valeur, la restauration des ruines et les premières fouilles archéologiques.. Comme à Saint Mathieu l’abbaye a servi de carrière de pierre . Le cloître est devenu le Marché Pouliquen à Brest, jusqu’à la destruction de la ville en 1944 En 1950 la communauté de Kerbénéat, dirigée par Dom Louis Félix Colliot rachète à la famille de Chalus le domaine de Landévennec. Le 10 mai 1953 la première pierre de la nouvelle abbaye est posée au sommet de la colline. Le 7 septembre 1958 la nouvelle abbaye est inaugurée. L’église est consacrée le 1er juillet 1965. Les moines ont pu reprendre la longue histoire monastique de Landévennec

Sur le Menez-Hom

Le Ménez-Hom domine la Presqu’île, tel un belvédère. A nos pieds, la Baie de Douarnenez miroite au soleil. Vers le nord, les côtes de la Rade de Brest se profilent à l’horizon et à l’extrême ouest nous situons Saint Mathieu. Les liens entre Landévennec et Saint Mathieu ont été multiples au cours des siècles. Des moines ont séjourné dans les deux abbayes qui suivaient la même règle, particulièrement à l’époque des Mauristes. Comme un point final à cette journée enrichissante nous prenons le verre de l’amitié avant de regagner la région de Brest puis Plougonvelin.