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En descendant l’Aber-Ildut


Sortie géologique et historique du 29 juillet 1998

Il pleut ce matin-là sur Plouzané... lieu du rendez-vous, c’est pourquoi M. Louis Chauris commence la présentation de la journée d’excursion à l’abri du porche de l’église. De là les 38 participants prennent la direction de la sablière de Pont-Corf. Le trajet

La sablière de Pont-Corf

M. Le Roux, spécialement venu de Gourin accueille le groupe dans un local de l’entreprise.

M. Chauris, qui connaît les lieux depuis une quarantaine d’années et a obtenu pour nous cette visite fait les présentations. Puis M. Le Roux retrace l’historique de la carrière avant d’expliquer son fonctionnement.

Plusieurs sociétés ont exploité la vallée de l’Aber-Ildut : d’abord la Co.mi.ren (Compagnie minière de Saint-Renan ) pour l’étain jusqu’en 1975 puis la Simura (Société Industrielle et Minière de l’Uranium )et enfin la GSM. La sablière de Pont-corf fait partie des 110 carrières, réparties dans diverses régions de France, qui constituent la GSM, filiale de Ciment français, rachetée récemment par Italcementi.

M. le Roux dirige les carrières G M S de la Région-Bretagne qui exploitent des sablières à Radenac, Josselin, Mauron, Gaël, Illifaut et Saint-Renan et des roches massives : gneiss à Riec-sur-Belon et quartzites à Gourin. Les roches massives sont concassées tandis que les sédiments extraits des sablières comme celle de Saint-Renan sont criblés pour obtenir des sables, graviers et gravillons.

Le groupe G S M est propriétaire de la portion de vallée de l’Aber-Ildut en exploitation, soit 83 ha. Une extension de 52 ha est projetée vers l’Est. Une carte à grande échelle représente le site et les diverses installations. Ce que les visiteurs ne voient pas encore c’est le gigantesque bouleversement de la vallée. Répondant à l’avance aux questions qui vont se poser M. Le Roux expose le devenir du site.

Une convention a été conclue avec les communes concernées, la CUB et trois associations de défense de l’environnement. La GSM rétrocédera les terrains, des chemins seront aménagés. Il avait d’abord été prévu de transformer le site en espace de loisirs. En définitive la vallée redeviendra une zone naturelle humide, plate, avec une faible épaisseur d’eau, une flore et une faune aquatiques. Le directeur de la carriere

Quel est donc l’intérêt d’une exploitation de si grande envergure ?

Que cherche-t-on en ce lieu ?

Ce n’est pas de l’or... ni un autre minerai précieux. C’est simplement un gravillon d’une qualité particulière, un granulat fait de grains roulés, émoussés, ce qui facilite le compactage du béton. Les sables de l’Aber-Ildut sont recherchés depuis très longtemps dans la partie maritime de l’Aber. Il s’agit de sables marins comme on en exploite actuellement près de Saint-Brieux, Saint Malo et Tréguier. Mais ici à Pont-Corf nous sommes loin de la mer et c’est là tout l’intérêt géologique du lieu.

Une vallée trop grande pour un ruisseau trop petit M. Chauris joint ses explications à celles de M. Le Roux et nous remontons à la fois le temps et la vallée. Entre Plouzané et Guilers s’étend une large dépression à fond plat, occupée en partie par des marécages. Des ruisseaux prennent naissance sur le pourtour de la dépression. Une partie de l’eau s’étale dans les marais, « la Petite Russie » des chasseurs. Une autre partie forme un ruisseau dénommé Aber-Ildut par les géographes (Des habitants de Plouzané affirment, eux, que l’Aber-Ildut prend sa source près de Trémaïdic et passe à Pont-l’Hôpital )

Le modeste ruisseau qu’est aujourd’hui l’Aber-Ildut ne peut avoir creusé l’ample vallée qui s’encaisse de 60 mètres dans le plateau entre Guilers et Plouzané, ni le coude qui la prolonge vers l’Est en direction de Brest.

Les sondages réalisés par la Co.mi.ren en vue de l’exploitation de la cassitérite dans les marais de Saint-Renan, puis de nouveaux sondages effectués en amont de Saint-Renan permirent de comprendre la morphologie de cette vallée.

La profondeur des sondages : 12 m sans atteindre le fond rocheux entre Coaténès et Castel an daol, ailleurs de 8 à 15 m, la nature et l’âge des dépôts rencontrés montrent qu’une profonde vallée était déjà creusée au cours de l’ère Tertiaire. Le remblaiement ultérieur est très complexe : alluvions fluviatiles et même marines à certaines périodes de remontée du niveau marin, coulées périglaciaires provenant des versants.

La découverte dans les sondages profonds d’abondants galets de grès armoricain et de quartzite dont les affleurements se situent au sud de la rade de Brest permet aujourd’hui de dire qu’un cours d’eau important, disons un fleuve, dont le bassin versant s’étendait aux Monts d’Arrée, à la Presqu’île de Crozon et aux Montagnes Noires empruntait un chemin vers la mer à travers l’actuelle ville de Brest, la Villeneuve, Castel-an-Daol et la vallée de l’actuel Aber-Ildut jusqu’à son embouchure.

Les amoncellements de graviers et cailloux émoussés sont la preuve d’un transport par l’eau, assez important pour produire l’usure de débris rocheux, anguleux au départ. Dans les produits provenant des sondages et encore visibles dans la partie Est de la vallée ou tout simplement dans les sédiments arrachés au sous-sol dans la sablière on peut observer divers états de ces pierres dont certaines portent aussi des marques d’éolisation sous climat aride.

On peut dire que le creusement puis le remblaiement de la vallée constituent de longs chapitres de l’histoire géomorphologique de la région, chapitres qu’il faut d’ailleurs replacer dans une histoire bien plus longue, celle de la mise en place des roches, de leur usure, des soulèvements ou basculements qui les ont affectées, c’est à dire dans l’histoire géologique de la Bretagne. Nous en avons eu des aperçus lors de nos précédentes excursions en compagnie de M. Chauris.

Mais qu’est devenu ce grand fleuve de l’ère tertiaire ?

Les géomorphologues parlent de captures, de détournement d’affluents de l’Aber-Ildut.

Une rivière qui creusait son lit dans la zone fracturée du Goulet et les schistes tendres s’écoulait vers la mer d’Iroise. Par érosion régressive en direction de l’Est, elle atteignit le cours de plusieurs cours d’eau. C’est ainsi qu’elle captura d’abord l’Aulne, puis l’Elorn qui rejoignaient primitivement la vallée de l’Aber-Ildut.

La Penfeld, qui s’écoulait aussi vers ce fleuve, fut détournée en direction de son actuel estuaire.

Enfin pour terminer cette série policière de longue durée, à notre époque, en 1886, la partie Est des sources de l’Aber-Ildut actuel fut captée de manière artificielle. Cette eau est conduite, par un canal qui recoupe le seuil de Castel-an Daol, vers la Villeneuve pour les besoins de l’Arsenal de Brest.

Aujourd’hui l’Aber-Ildut est seulement alimenté par quelques sources dans la partie ouest de la vallée. Comme toute rivière il reçoit par la suite des affluents de ses deux rives mais reste un cours d’eau bien modeste.

Pour plus d’explications : se reporter

- à la présentation de la carte géologique de Brest par L. Chauris
- à la thèse de 3ème cycle de B. Hallégoet : Le Bas-Léon, étude géomorphologique, 1971
- à l’article de A. Guilcher et B. Hallégoet : Histoire d’une vallée des environs de Brest dans Etudes sur la Bretagne et les pays celtiques, mélanges offerts à Y. Le Gallo, C R B C 1987.

L’exploitation des sédiments

Après l’évocation de cette histoire très longue revenons maintenant à l’exploitation des granulats déposés par le fleuve ancien.

Du haut du belvédère - amoncellement de produits rebutés- on a une vue d’ensemble de l’exploitation. Au loin, vers le sud, on devine les travaux préparatoires : le scalpage par des bulldozers de la végétation et de la terre végétale. Des camions emportent ces produits et les déversent en des endroits prévus. A la limite de cette zone décapée une excavatrice attaque le front de taille, une falaise d’argile, de blocs de pierre, de sable et graviers.

Les bassins Les sédiments contiennent environ 50 % d’argile, trop siliceuse pour être utilisée en briqueterie. Des camions transportent les sédiments au sommet d’une série de trémies qui les secouent. Les blocs d’argile compacts et les cailloux trop gros sont rebutés. Les éléments de moindre dimension tombent sur un tapis roulant qui les achemine vers l’usine de criblage distante de 1250 m. Le traitement des sédiments utilise une grande quantité d’eau qui se charge d’argile et rejoint ensuite les bassins où se fait la décantation durant 4 à 5 ans. La couleur de l’eau dans ces bassins varie selon la teneur en argile encore en suspension. ( L’eau circule en circuit fermé, l’Aber-Ildut, détourné de son cours, longe la partie Est de la vallée, au pied du versant de Guilers ).

A l’ouest parmi les arbres, apparaît la double flèche du clocher de la chapelle de Bodonnou. Sur les terres reconstituées et rendues à l’agriculture des vaches paissent tranquillement sans se soucier du bruit fait par les engins et par l’usine située au nord de l’exploitation.

Différents produits calibrés sortent de l’usine sur des tapis roulants et constituent d’énormes tas de sable, de graviers ou de gravillons. Des bulldozers chargent les camions selon la demande des clients. Ces camions de 25 tonnes passent sur un pont bascule devant le bureau de l’entreprise. L’usine de criblage produit 300 000 tonnes par an et approvisionne des entreprises de travaux publics, des collectivités locales etc... jusque dans la région de Lannion. Tri gravier sable

En revenant du fond de la vallée, en cette matinée pluvieuse, les participants passent sous un jet d ‘eau leurs triples bottes d’argile. Au cours du pot d’amitié que nous offre M. le Roux, M. Chauris et M-C Cloître expriment à notre hôte les chaleureux remerciements de tous.

Le pique-nique à Bodonnou

La cohorte de voitures revient vers Bodonnou où chacun s’efforce de s’abriter un peu. Puis le ciel se dégage enfin. M. Chauris peut déployer sa carte géologique pour nous présenter la suite de la promenade et les arrêts prévus à Lokournan vian, au seuil de Lannéon, au moulin du Chaneu, à Saint-Eloi, à la carrière de Kerglonou et selon le temps à l’embouchure de l’Aber-Ildut.

La chapelle de Bodonnou veille sur les marais et leurs dangers depuis des temps très anciens. Non loin un pont permettait de franchir la vallée pour remonter vers Guilers. Un autre pont, emprunté par une voie romaine, traverse l’Aber-Ildut à Pont-Corf D’autres ponts se situent plus en aval.

Bodonnou dépendait des seigneurs du Chastel-Trémazan qui présentaient les chapelains. Mentionnée en 1505, la chapelle fut restaurée à plusieurs reprises, la dernière fois en 1959.

Etrange chapelle dont la partie orientale, le chœur a disparu, remplacé par un petit édifice en appentis, servant de sacristie. Le clocher à double flèche surmonte l’arc diaphragme qui subdivisait l’édifice. A l’intérieur, sur cet arc obturé ont été disposées plusieurs petites statues, tandis qu’à gauche trône la statue de Notre Dame de Bodonnou, Vierge à l’Enfant du XVIème siècle en kersanton polychrome. Près des trois portes on peut voir des bénitiers en kersanton, du XVIème siècle. A l’ouest l’un d’eux porte le fascé de six pièces des du Chastel et la date 1560.

Dans le voisinage de la chapelle se trouvent deux croix, dont une stèle christianisée, une fontaine perdue dans la broussaille et une maison assez délabrée dont la façade s’orne d’une piéta de kersanton provenant vraisemblablement d’un calvaire. La chapelle et ses alentours, la belle allée ombragée s’animent lors du pardon qui a lieu (ou avait lieu ) le dimanche après la Nativité de Notre-Dame.

Nous quittons Bodonnou et, suivant le cours de l’Aber, longeant les lacs, nous parvenons à Lokournan-vian.

Un parking assez vaste accueille toutes nos voitures. Nous traversons une petite rivière canalisée, l’Aber, et jetons un coup d’œil sur zone encore marécageuse et sur de grands champs qui semblent fertiles. M. Chauris nous explique qu’il y a quelques années tout cela n’était que marécages impénétrables.

La découverte du minerai d’étain

On sait à quel point la cassitérite minerai d’étain fut recherchée à partir de l’âge du Bronze. Des traces d’exploitation préhistorique ou antique ont été retrouvées lors de l’exploitation récente du minerai.

M. Pavot, directeur de la Société armoricaine de prospection et d’exploitation minière la SAPEM avait commencé des recherches sur les roches de ce secteur pouvant contenir de l’uranium. M. Chauris s’est joint à lui. Tous deux faisaient des recherches dans les carrières de nuit. En effet la scheelite (tungstate de calcium) a une fluorescence bleue caractéristique, visible à la lampe à ultraviolets. Un autre minerai, l ’ilménite (oxyde de titane et de fer) existe aussi dans le granit de Saint-Renan.

Lokournan-vian rappelle à M. Chauris ses souvenirs d’exploration. Le premier siège de la Co.mi.ren se trouvait dans une maison du village.

Ce n’est pas l’uranium qui fut exploité mais la cassitérite. Le granit de Saint-Renan est en effet un granit stanifère dont les filons de quartz sont riches en cassitérite et tourmaline.

Au Tertiaire, sous climat tropical ces granits furent profondément altérés. Durant cette période et au Quaternaire les coulées de boues entraînèrent les roches désagrégées vers la vallée. Les alluvions furent piégées par le seuil de Lannéon, barre rocheuse résistante responsable du rétrécissement de la vallée à cet endroit.

Des sondages permirent de se rendre compte que le minerai serait exploitable. En 1960 la Co.mi.ren (Compagnie minière de Saint-Renan ) fut fondée sous la direction de M. Pavot.

Pendant une quinzaine d’années on put voir de gigantesques suceuses dévorer les boues des différents gisements de Ti-colo à Lannéon. Des pompes puissantes conduisaient ces boues vers l’usine où après divers traitements on obtenait la cassitérite qui se présentait sous la forme de petits grains noirâtres tandis qu’à proximité de l’usine se dressait un énorme tas de sable. La production s’élevait à environ 500 tonnes de minerai par an avec une teneur de 74 % d’étain. Le minerai était vendu à l’Espagne ou à l’Angleterre pour y être fondu.

En 1975 l’exploitation prit fin. La reconversion envisagée pour la Co.mi.ren ne put se réaliser.

Pour des informations sur l’exploitation, lire l’intéressante brochure de M. Pierre Pailler : Saint-Renan, capitale de l’étain. 1989)

Les zones marécageuses exploitées sont devenues aujourd’hui lacs, terrains de sport, réserve naturelle, lotissements et champs.

Le seuil de Lannéon
L’étranglement de la vallée en cet endroit, s’explique par la présence de part et d’autres et en profondeur (d’où le nom de seuil ), d’une roche particulièrement résistante : le granite de Plouarzel qui cerne le massif de granit de l’Aber-Ildut. L’endroit est pittoresque, nous nous attardons un moment près du pont ancien aux quatre piles soigneusement taillées.

Le moulin du Chaneu
A quelque distance en aval nous parvenons au moulin du Chaneu, alimenté autrefois par une dérivation de l’Aber-Ildut. L’eau parvenait dans trois bassins dont les vannes commandaient l’accès à l’intérieur du moulin. Elle tombait sur des roues tournant horizontalement Ces dernières entraînaient trois meules d’un mètre cinquante de diamètre. Le moulin a fonctionné jusqu’en 1937. Ensuite il a abrité une fromagerie pendant quelque temps. C’est l’ancien meunier, M. Guéna qui nous donne ces informations Nous l’en remercions.

Dans la propriété nous avons pu observer, creusé dans un affleurement de granite de l’Aber-Ildut une sorte de sarcophage appelé lit de Saint-Ronan...

Saint-Eloi

chapelle st Eloi

La route nous éloigne pour un temps de la rivière, mais nous la retrouvons à Saint-Eloi. Le profil de la vallée laisse deviner la complexité de son façonnement. Les replats, au sommet des versants, seraient dus à une érosion marine de la fin du Pliocène et du quaternaire ancien (Thèse de B. Hallégoet). Plus bas, le profil en V est celui d’une vallée fluviale. De magnifiques boules de granite apparaissent sur le fond plat de la prairie où coule l’Aber à l’ombre de grands arbres.

Les maisons en granite de l’Aber-Ildut ont beaucoup de caractère. Quelques belles propriétés se sont établies au-dessus de la rive nord. A l’ouest de la route, le moulin semble prêt à fonctionner. Il fait bon regarder s’écouler la rivière, modeste dans cette ample vallée, avant de monter près de la chapelle Saint-Eloi, nommée aussi Sant Alar.

C’est une chapelle du XVIème siècle dédiée au saint patron des orfèvres et forgerons auquel il revient de protéger aussi les chevaux. On les conduisait jadis en grand nombre près du sanctuaire et de la fontaine. La niche de cette dernière abrite un bas-relief de calcaire représentant ...saint Martin partageant son manteau. Il est vrai que le saint est à cheval. Près de la chapelle une table de pierre sous un auvent recevait les offrandes de crin. A proximité, un calvaire de 1539, élevé sur un socle à cinq degrés est timbré aux armes des du Chastel. Nous sommes toujours dans le fief de cette puissante famille.

On comprend que bien des jeunes couples choisissent la chapelle de Saint Eloi et son site remarquable pour y célébrer leur mariage.

Les carrières de Kerglonou Carriere de Kerglonou

Après un trajet en zigzag et une longue descente nous parvenons sur la rive gauche de l’Aber-Ildut, à Kerglonou.

La marée transforme l’Aber-Ildut en un véritable fleuve. Sur l’autre rive : le village de Lanildut, l’église au milieu d’un cimetière qui descend jusqu’au bord de l’eau tranquille, des arbres qui étendent leurs ramures sur la grève, des quais que l’on devine. Un endroit paisible.

Il y a quelques dizaines d’années il était bourdonnant d’activité.

Après le rétrécissement de Lannéon, l’Aber-Ildut pénètre dans la zone du granite de L’Aber-Ildut que nous avons déjà eu l’occasion d’observer lors d’une précédente excursion. Cette roche révèle sa présence par les boules disséminées dans la campagne. De nombreuses carrières ont exploité le granite, utilisé depuis la préhistoire (menhir de Kerloas entr’autres). Ces carrières se situaient en pleine campagne, à Plouarzel en particulier, mais plus encore le long du littoral et des rives de l’Aber lui-même. Nous sommes ici à l’emplacement du » Chantier braz » le grand chantier comme son nom l’indique. La partie inférieure du versant du plateau qui rejoignait en pente douce le fond de la vallée a reculé, le front de taille formant une falaise de 10 -15m.

« Pour exploiter cette carrière qui fonctionna jusque dans les années 1930 l’entrepreneur disposait d’équipements et d’un espace privilégiés. La fontaine et un lavoir permettaient de disposer de l’eau douce nécessaire au forgeage des outils. La maison (en ruines) qui domine encore le site abritait la forge au rez-de-chaussée et les bureaux à l’étage. Plusieurs dépendances étaient accolées à la bâtisse. A l’arrière, mais proche de la maison un hangar d’assez grande dimension abritait les tailleurs de pierre.... Le quai d’embarquement était à lui seul un monument gigantesque. Actuellement en grande partie effondré, il est constitué de déblais et de gros blocs sommairement maçonnés... Il porte les restes d’une grue qui facilitait le chargement des navires.

Le terre-plein sur lequel stationnent nos voitures est constitué de déblais de la carrière.

D’anciens ouvriers - se souviennent :

« Une pierre est jolie à voir, quand elle est finie. Mais avant ...il y a beaucoup de travail

Il faut miner tout d’abord...pour tirer parti du bloc de pierre. Un fendeur qui sait fendre c’est la moitié du travail du tailleur.

« Il y avait des rails pour pouvoir transporter des morceaux trop lourds... un petit wagonnet venait jusqu’à la cale. Il y avait une forge pour faire les outils sur place au fur et à mesure des besoins. Moi j’étais fendeur, tailleur et forgeron : on peut avoir à faire et refaire ses outils suivant les morceaux de pierre à tailler... » F. Bellec

« On coupe un rocher comme on ouvre un livre » J. Guermeur

« 1895 et 1886 marquent un sommet dans le trafic portuaire, près de 60000 et 50000 tonnes, 1519 navires, 4 départs par jour. La pierre et le sable constituaient l’essentiel de ce trafic.

Il y eut parfois des accidents mais les ouvriers et ingénieurs ou maîtres de chantier faisaient preuve d’un grand savoir-faire. Leur plus grand exploit reste la préparation du piédestal de l’obélisque de Louqsor, cinq morceaux dont le plus lourd pesait plus de 101 tonnes. Au total plus de 200 tonnes à embarquer !

Il faut lire cette histoire étonnante et beaucoup d’autres renseignements dans le fascicule Les carrières de l’Aber-Ildut élaboré par Tud ha vro, de Plouarzel. Les paragraphes en italique sont extraits de cette étude.

C’est à chaque pas, autour de nous que nous rencontrons des pierres, taillées dans l’une ou l’autre des carrières du granit de l’Aber-Ildut, granit apprécié et jadis nécessaires pour des travaux d’envergure, appelés à durer. La liste en est longue. Aujourd’hui ce granit est délaissé, concurrencé par d’autres roches mais surtout par le béton.

Il était prévu d’aller jusqu’à l’embouchure même de l’Aber-Ildut. Nous aurions eu une vue de l’ensemble du port et de son débouché sur l’océan.

Compte tenu de l’heure c’est à Kerglonou que nous prenons le verre de l’amitié et présentons à M. Chauris nos très vifs remerciements. C’est toujours tellement passionnant d’effectuer un parcours d’étude sous sa direction.

Tandis que nous bavardons un moment notre regard se porte tour à tour sur Lanildut, qui évoque Ildut, père et formateur de beaucoup de nos saints bretons en son monastère du pays de Galles, et sur le « chantier braz » aujourd’hui retourné au silence. Il n’est pas impossible qu’un jour cet endroit fasse l’objet d’une mise en valeur par la commune de Plouarzel.

Compte-rendu par MC Cloître avec le concours de J Duvernoy, M Mme Chevillotte et de Renée Pailler